Free parties, Béruriers noirs et Frédéric François: Yohann Diniz nous raconte sa vie musicale

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L’orteil avait été écrasé la veille par une semelle de foot aux crampons bien trop proéminents, et pourtant il fallait y aller. Suivre pendant 20 minutes, de la gare jusqu’au canal Saint-Martin, le champion du monde de marche dans les rues de Paris. Heureusement, en descendant du train Yohan Diniz n’était pas pressé : la saison terminée, il commençait tout juste trois semaines de vacances, et prenait le temps de flâner, s’arrêtant même devant un disquaire. Finalement arrivé dans un bar assez tranquille, le marcheur confirme, devant un Perrier citron, une passion certaine pour la musique.

Vous écoutez quoi en ce moment ?
Yohann Diniz – En ce moment je suis sur Arcade Fire, LCD Soundsystem… Bon d’accord, j‘ai vu les couv’ des Inrocks (rires). En fait avec les compétitions cet été, je n’ai pas vraiment eu le temps de me pencher sur les sorties, je vais m’y remettre. Mais j’ai un ami qui bosse dans l’audiovisuel qui me fait régulièrement des playlists, avec des nouveautés, des choses plus anciennes… Mais ça reste toujours alternatif comme genre de musique.

Il y a quoi dans ces playlists par exemple ?
Je viens de Reims, et on a une bonne scène locale. Elle s’est faite connaître par l’électro, mais il n’y a pas que ça, il y avait The Bewitched Hands, maintenant Black Bones, et j’aime bien aussi The Shoes, Alb,… Tout ça en fait partie. Mais il y a des choses plus classiques: Arcade Fire, The Clash, les Sex Pistols, les Rolling Stones, les Béruriers noirs, Brassens, Brel, de la disco, Connan Mokassin… J’aime beaucoup de choses, je suis très éclectique.

Le style de musique que vous ne pouvez pas supporter ?
Disons le R’n’B, le rap actuel… J’aime bien NTM, leurs textes, les personnages. J’ai même pris mes places pour le concert au mois de mars. Bon, je me doute que ce ne sera pas aussi bien qu’avant mais c’est surtout pour faire plaisir à ma femme. Quand elle avait 16 ans, elle n’avait pas le droit d’y aller, aujourd’hui elle veut se rattraper.

Parmi les artistes émergents, qui vous plait particulièrement ?
J’ai une amie Paulette Wright qui chante, elle fait de la pop folk et je suis pas mal ce qu’elle fait: là elle travaille avec Martin Mey et Mathias Malzieu. Sinon, il y a quelques années quand Fauve a démarré, j’aimais bien le concept , j’écoutais un peu. Et puis je les ai vus en concert… Et là je n’ai plus accroché (rires).

Vous écoutez de la musique pendant les entraînements ?
Pendant les phases de musculation, oui. Ou quand je fais du vélo en salle. Mais dès que je suis à l’extérieur, non. Pendant les entraînements, je dois rester concentré, à l’écoute de mon corps, de mes sensations, de mon rythme.

Vous mettez un type de musique spécifique pour les séances de musculation ?
Ce sont souvent des lives, oui. Ca me donne un surplus de motivation, d’énergie.

Vous vous chantez des chansons pendant les compétitions ?
Non, non. Mais souvent j’écoute des titres la veille de la compétition. J’essaie de me vider la tête, je réécoute des vieux trucs, du Janis Joplin, de la soul, du Noir Desir, du Nirvana, des choses assez nostalgiques… Pour aller chercher des souvenirs qui motivent, et entrer dans une bulle.

Vous avez fait plusieurs JO bien connus pour ses excès, les athlètes les plus fêtards, ils viennent de quel sport ?
Pas de la marche en tout cas. Je dirais, les sport de combat: les lutteurs, les judokas, les boxeurs. Avant leur combat, ils s’astreignant souvent à un régime à cause des catégories de poids, alors une fois que l’épreuve est passée, ils ont besoin de décompresser, et ils sont souvent à la pointe au niveau fêtes. Les handballeurs aussi, ce sont souvent des gros fêtards.

C’est un gros sujet de conversation la musique avec les autres athlètes, quand vous vous retrouvez tous ensemble ?
Il y a des particularités selon les disciplines. Les sprinteurs, les sauteurs, ils sont bien sur du gros ragga, du rap, du R’n’B., et ils aiment faire partager. Et puis d’autres comme Pierre-Ambroise Bosse jouent de la guitare, tranquillement… Kevin Mayer aussi. Personnellement, je me contente de partager ma musique avec la personne qui est dans ma chambre… Enfin si elle est d’accord.

Vous vous écoutiez quoi quand vous étiez ado ?
J’ai eu plusieurs phases: j’ai commencé avec de la musique punk. Le premier vinyle que j’ai acheté c’est “Viva Bertaga” des Béruriers Noirs, ils avaient aussi une grosse mise en scène lors de leurs concerts, c’était pas que des gros tarés qui buvaient de la bière et se jetaient dans le public, il y avait autre chose, du cirque, une vraie recherche… Après je suis un peu passé à la musique anglaise, les Sex Pistols, les Clash, The Smiths, The Pogues puis de retour en France avec NTM, Noir Désir tout en découvrant Gainsbourg, Bashung, puis Nirvana, Rage Against the Machine… C’était l’époque où je faisais du skate donc ça collait bien (Rires). Ensuite grâce à ma grand-mère j’ai toujours écouté Brassens, Brel… Elle m’a donné le goût des chansons à texte.

Il y a des musiques que vous écoutez, mais dont vous avez un peu honte, des “plaisirs coupables” ?
Oui, parfois quand j’étais plus jeune, j’écoutais les vinyles de mes parents: il y avait des bonnes choses, mais il y avait aussi des choses à jeter, enfin des disques qui ne collaient pas du tout à mon style… Du Frédéric François par exemple, il n’y a pas pire ! Du Jean-Jacques Goldman aussi… Je sais que beaucoup de personnes apprécient mais ce n’est vraiment pas mon style… J’écoutais ça pour rigoler et me taper un délire sur les paroles, c’était tellement kitsch….

Vous jouez d’un instrument ?
Non, c’est un grand regret. Mais mon fils joue de la batterie. Il a même récupéré celle des Bewitched hands lors de la séparation du groupe, c’est un collector !

En 2014, vous aviez chanté sur scène avec le groupe “Les Ogres de Barback”… 

C’était à l’Olympia pour leurs 20 ans oui. Ils ont une chanson “Pour me rendre à mon bureau” où le personnage utilise plein de moyens de transports, et pour la marche, j’apparaissais sur un tapis roulant. Et ensuite je devais faire un titre avec Fred le chanteur, c’était un truc de fou… J’aime beaucoup ce qu’ils font, ça peut parfois sembler répétitif, mais ce sont de supers musiciens, ils inventent des choses sur scène avec des marionnettes, des dessins… Je me suis rendu compte qu’une tournée, c’est comme une grande compétition : il y a beaucoup de stress sur le moment, des émotions fortes… Et puis tout s’arrête, et il y a un grand vide.

Pendant les jeux de Rio, vous avez été beaucoup moqué sur les réseaux sociaux. Vous écoutiez une chanson en boucle ensuite pour vous consoler ?
Ça ne m’a pas trop touché, je me disais que ce n’était une petite centaine de cons, assis sur leur canapé, et puis j’ai aussi eu énormément de messages de soutien… Après si quelque chose me prend la tête ou m’agace, je me passe “Vivre libre ou mourir” des Bérus.. Ca veut dire “je vous emmerde et je fais ce que je veux”, c’est un peu ma personnalité…

Vous avez déjà raconté que plus jeune, vous preniez parfois des drogues… C’était dans des fêtes, des concerts ?
Oui, c’était à l’époque des raves entre 1995 et 2000, il y avait parfois des fêtes énormes dans la région avec 20 000 ou 30 000 personnes. On allait dans les forêts, les grottes, les bases d’aviation désaffectées, et à l’époque, ça faisait vraiment partie de l’expérience… On organisait ces soirées niveau logistique, c’était vraiment les débuts du phénomène, ce n’était pas les free parties avec des chiens, on essayait de respecter les lieux, de les laisser propres… C’était l’époque des infolines : les gens se communiquaient un numéro, on se donnait rendez-vous, souvent sur un parking de supermarché à 22h, et une cohorte de bagnoles partait ensuite dans un petit endroit genre une grotte, c’était sympa. Après je sais qu’on n’a pas besoin de tous ces produits pour s’amuser… Et puis on ne faisait pas que de la musique, on essayait aussi de mettre en avant des films. Et certains ont émergé, comme Yuksek. Bon il n’avait pas besoin de nous, mais il est parti d’un scène très underground où il faisait de la Goa, il a été reconnu et a fait profiter la scène rémoise de sa médiatisation.

Quel est votre meilleur souvenir de concert ?
La Borealis à l’espace Grammont, à Montpellier : il y avait Chemical Brothers, Daft Punk, Laurent Garnier en 1997 ou 1998. Je m’étais pris une vraie claque pendant le concert des Chemical Brothers… Bon j’étais aussi sous l’emprise de produits, mais c’était vraiment quelque chose… L’énergie, le son, ça se rapprochait un peu du punk anglais… Aujourd’hui j’ai un peu laissé tomber l’électro ou alors il faut que ce soit quelque chose de très sucré, de doux, style Metronomy…

Le pire concert ?
Oh je ne sais plus… Ah si Carla Bruni ! C’était au petit Trianon à Paris. Je ne l’entendais pas, elle n’a vraiment pas de voix. Ce n’était vraiment pas exceptionnel. La seule chose que j’ai aimé, c’est qu’elle était accompagnée de Louis Bertignac, et j’ai préféré l’écouter lui que Carla Bruni, c’était plus sympa.

Vous vous êtes engagés pour Martine Aubry pendant les primaires de 2011, mais vu le nom du parti d’Emmanuel Macron, ça doit vous plaire ?
Je lui ai dit qu’il m’a piqué mon slogan, oui. Mais je ne m’engagerai plus pour un politique. Ils sont de plus en plus éloignés de nous. Que ce soit En marche ou les Insoumis, je ne me reconnais pas. Soit c’est très libéral ou que dans la contestation… J’ai l’impression que chez les Insoumis, on n’a pas le droit d’avoir un avis autre que le leur, sinon on se fait aboyer dessus.

Pour Martine Aubry, je trouvais que c’était une très bonne ministre du Travail, les 35 heures, c’est quelque chose qui m’a marqué, une vraie avancée sociale. Et mon premier emploi, c’était un contrat jeune, un système qu’elle avait mis en place… Elle a fait de Lille un endroit où il y a un vrai brassage social, une vraie mixité. Après j’étais un peu déçu quand elle a perdu: elle n’est jamais vraiment revenue au niveau national. Elle aurait peut-être pu empêcher que le parti socialiste devienne ce qu’il est aujourd’hui… Mais bon aujourd’hui je ne m’engagerai plus. Sauf peut-être contre le Front national dans ma région, les Hauts de France. Ca me fait vraiment chier de le voir monter de plus en plus. Là j’ai envie d’entrer en résistance, d’arracher les affiches ou de les tagguer, comme je faisais quand j’étais aux Jeunesses communistes révolutionnaires (Rires).

Vos 5 albums préférés de tous les temps ?
Déjà le double album de Noir Désir en public, il m’a vraiment marqué. Le live de Burning Spears à Bercy en 1997 aussi. Je n’écoute plus de reggae, mais cet album, je l’ai vraiment beaucoup écouté. Sinon je mettrai aussi Viva Bertaga des Béruriers noirs, Nevermind the Bollocks des Sex Pistols, et l’homme à la tête de chou de Gainsbourg… Mais j’aurais aussi pu mettre Janis Joplin et plein d’autres albums…



Source : http://www.lesinrocks.com/2017/09/17/actualite/free-parties-beruriers-noirs-et-frederic-francois-yohann-diniz-nous-raconte-sa-vie-musicale-11986452/

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Date de parution : 17 September 2017 | 1:47 pm