Macron : "Une petite musique sociale lancinante et embêtante", juge Olivier Bost

Macron : "Une petite musique sociale lancinante et embêtante", juge Olivier Bost

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Macron : "Une petite musique sociale lancinante et embêtante", juge Olivier Bost

Ce week-end, on a de nouveau entendu une petite musique sur l'air de "La majorité oublie de faire des mesures sociales". Une petite musique entêtante, lancinante et embêtante. Si vous ouvriez des journaux ou si vous écoutiez la radio, vous pouviez lire ou entendre encore différentes personnalités rappeler Emmanuel Macron à ne pas être seulement le "président des riches".

C'était dit de manière polie et de plusieurs manières, mais le message est toujours le même. François Bayrou répète encore une fois qu'Emmanuel Macron doit-être un "président juste". Le chef de l'État doit "s'occuper de ceux qui travaillent", estime-t-il. Le président du MoDem propose de développer la participation dans les entreprises et d'augmenter la rémunération des heures supplémentaires.

Brigitte Bourguignon n'est pas très connue, mais cette députée La République En Marche est présidente de la commission des Affaires sociales à l'Assemblée nationale. Elle veut un grand projet social, pour faire plus et plus vite "pour ceux qui ont moins". Brigitte Bourguignon estime que pour décoller son étiquette de "président des riches", Emmanuel Macron doit "rééquilibrer sa politique".

Et puis le troisième qui a chanté cette petite musique ce week-end, c'est Xavier Bertrand. Pour le président de la région des Hauts-de-France, Emmanuel Macron doit "faire plus pour les classes moyennes, les oubliées de sa politique". Xavier Bertrand, aujourd'hui bien plus proche de la majorité que de Laurent Wauquiez, dit aussi qu'il faut faire le plan Borloo pour les banlieues.


"Ça n'a pas imprimé"


Pourquoi Emmanuel Macron ne fait-il rien en direction de ces classes moyennes qui, par ailleurs, on probablement voté pour lui ? Il y a deux explications amenées par ses amis. D'abord il s'en défendent et ils listent, comme des robots, les mesures sociales prises depuis le début du quinquennat : hausse du minimum vieillesse, dédoublement des classes de CP en zone difficile, hausse de l'allocation handicapé.

C'est très bien. Mais il faut bien reconnaître que cela ne concerne pas tous les Français. En plus, ces mesures ont été parasitées par les APL ou la suppression de l'ISF. Donc comme disent les communicants, ça n'a pas imprimé.

L'autre mesure censée redonner du pouvoir d'achat - plus massive pour le coup -, c'est la suppression de la taxe d'habitation. Mais là aussi, ça a du mal à imprimer. Pour une question toute bête de "séquençage dans le temps", comme disent les communicants. Tout le monde a retenu la hausse de la CSG. Personne n'a encore vu la baisse de la taxe d'habitation, qui va mettre finalement des années à disparaître pour tout le monde.


Le deuxième temps du quinquennat


La deuxième explication est bien plus risquée. Et tous les amis d'Emmanuel Macron ne s'y aventurent pas. Il faudrait attendre le deuxième temps du quinquennat : après les efforts viendrait le temps des récompenses.

François Hollande avait aussi théorisé ces deux phases du quinquennat. Bon il avait aussi théorisé l'inversion de la courbe du chômage, vous me direz ! En fait, ça ne marche jamais ces théories-là. Il y a toujours des événements qui viennent tout casser.

Et puis quand l'opinion s'est mis dans la tête que vous ne favorisiez que les riches, c'est très très difficile de s'en sortir avec un ou deux gestes tardifs. Et puis les cadeaux, ce n'est vraiment pas pour demain. Je vous rappelle que le gouvernement a promis de faire 60 milliards d'économie sur les dépenses publiques et de supprimer 120.000 postes de fonctionnaires d'ici la fin du quinquennat. Il n'a même pas commencé à s'y attaquer.


Une partie de l'électorat déjà perdue


Est-ce tenable sur le plan politique ? Ce qui est surprenant avec ce quinquennat et les deux précédents, c'est à quel point nos présidents n'ont jamais cessés de se couper de leur électorat de base progressivement. "Avec méthode", comme disait François Hollande.

Nicolas Sarkozy avait perdu la droite conservatrice, puis "la France qui se lève tôt". François Hollande a, lui, perdu la gauche du PS, puis les réformateurs. Là, Emmanuel Macron, par sa politique sociale invisible, a déjà déçu une part non négligeable de son électorat qui ne s'y retrouve plus.

À la fin, si ça ne se finit pas comme les deux précédents quinquennats (c'est-à-dire par une chute), Emmanuel Macron pourrait se retrouver à être réélu par la droite après avoir été élu cinq ans plus tôt par la gauche. Avec lui, nous ne sommes plus à une surprise près.


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Source : http://www.rtl.fr/actu/politique/macron-une-petite-musique-sociale-lancinante-et-embetante-juge-olivier-bost-7793374036
Auteur : Olivier Bost,Loïc Farge
Date de parution : 14 May 2018 | 5:52 am